UTLC : Pourquoi parler d'anthropocène ? par Catherine Larrère et Rahpaël Larrère

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 Par Catherine Larrère - Professeure émérite de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Centre de Philosophie Contemporaine de la Sorbonne. Présidente de la Fondation de l’écologie politique. 

et Raphaël Larrère - Directeur de recherche (INRA) à la retraite. Président du Conseil scientifique du parc national du Mercantour. Directeur de la collection “Sciences en questions” des éditions Quæ.

L’appellation d’anthropocène désigne une nouvelle ère géologique dont l’humanité serait la force principale. À ce jour, ce terme n’a pas été adopté par le Congrès de géologie internationale, mais les spécialistes du climat s’accordent à considérer que nous vivons à une époque où les humains, par leur utilisation massive de combustibles fossiles, agissent collectivement avec la puissance d’une force géophysique qui détermine le climat dans son ensemble. Parler d’anthropocène, c’est donc dire le caractère global des problèmes environnementaux, que la frontière entre l’histoire humaine et l’histoire de la nature n’a plus lieu d’être : là où l’on croit avoir affaire à la nature, on trouve l’homme, et là où l’on cherche les hommes, on découvre la nature.

Quelles sont les conséquences d’un tel effacement des distinctions dualistes ? Cela conduit-il à une vision renouvelée de l’humanité ? Ou à une conception différente des époques géologiques ? En quoi cela affecte-t-il notre façon de nous situer par rapport aux vivants et à la Terre ? Comment prendre en compte que les sociétés qui ont déjà le plus à pâtir du changement climatique ne sont pas celles qui, historiquement, en sont les plus responsables ?